Communiqué de l’AECSP à propos du vote de la loi pour la recherche

La dernière version de la LPR, validée il y a quelques jours par la commission mixte paritaire, constitue bien, comme l’indique un billet du précieux blog Academia, « le choix du pire, et pire encore » : outre les mesures déjà présentes de démantèlement du statut des enseignant·es chercheur·es et de précarisation des jeunes chercheurs (tenure track, « CDI de mission scientifique »), outre la sanctuarisation du principe de la recherche par projets incarné par l’ANR au détriment des crédits pérennes des laboratoires, outre le renforcement du rôle d’évaluation bureaucratique de l’HCERES (avec à sa tête T. Coulhon, ex-conseiller d’E. Macron), la dernière mouture de la loi prévoit la suppression programmée du CNU, ainsi que la création d’un nouveau délit de « trouble à la tranquillité et d’atteinte au bon ordre des établissements », passible de trois ans de prison et 45 000 euros d’amende (lorsqu’il est commis en réunion et l’on voit mal comment il ne pourrait ne pas l’être), qui constitue une nouvelle étape de la criminalisation de la contestation.

Depuis lors, de nombreuses réactions ont vu le jour : vote de motions, opération « écrans noirs » lancée par des collègues juristes, réunions intersyndicales à venir, etc., en plus des nombreuses pétitions qui circulent depuis quelques semaines et qui ont déjà recueilli des dizaines de milliers de signatures.

L’association des enseignant·es et chercheur·es en science politique (AECSP) s’associe pleinement à ces actions et aux communiqués récemment publiés par les instances représentatives de la science politique (section 04 du CNU, AFSP) et au-delà (Université ouverte, ASES, etc.). Toutes convergentes, ces initiatives dénoncent le passage en force d’une loi qui détruit tout simplement le service public de l’enseignement supérieur et de la recherche, et qui aura pour première conséquence de fragiliser encore davantage nos collègues les plus précaires.

Tout en réitérant l’appel à la démission de F. Vidal, l’AECSP appelle à reprendre et à amplifier la lutte contre la LPR par tous les moyens disponibles, virtuels et réels, parmi lesquels :

  • « Grève des écrans » jusqu’à mardi 17 novembre inclus, en refusant d’assurer les cours en ligne et de tenir les séminaires et colloques, notamment pour libérer du temps nécessaire à la mobilisation
  • Continuer d’informer les étudiant·es et les collègues sur le contenu de la LPR et ses effets délétères
  • Refus de participer aux instances d’évaluation (HCERES notamment) et aux jurys de concours de la fonction publique, de grandes écoles et du baccalauréat
  • Grève des responsabilités administratives (de diplômes, échanges Erasmus/internationaux, etc.)
  • Refus de mobiliser les dispositions prévues par la LPR et autres EPEX
  • Lobbying auprès des président·e·s d’universités en campagne pour qu’ils prennent position vis-à-vis de la loi
  • Rassemblement devant l’Assemblée nationale mardi à l’occasion du vote de la dernière version de la LPR

Le bureau de l’AECSP

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Motion en faveur du décontingentement immédiat et inconditionnel des postes de professeurs des universités en section 04 (17 avril 2020)

Depuis 2014, les recrutements de professeurs des universités (PU) en science politique sont contingentés de sorte que le nombre de postes ouverts au 46.1 ne peut excéder celui des postes mis à l’agrégation. Or ces derniers sont de moins en moins nombreux, ce qui limite mécaniquement le nombre de postes ouverts à la procédure dite du 46.1. Conséquence, le corps des professeurs en science politique est aujourd’hui en déclin, comme le souligne notre analyse réalisée par l’Observatoire des carrières de l’AECSP (« la science politique : une vitalité en trompe l’œil ? »).

Le 3 juillet 2019, à Bordeaux, les membres de l’AFSP réunis en Assemblée générale ont adopté une motion appelant au décontingentement des postes de professeurs des universités au 46.1 ainsi qu’à la réforme du concours externe de l’agrégation. Cette prise de position au sein de la science politique faisait suite à des demandes réitérées, allant toutes dans le même sens : prise de position de la section 04 du CNU de février 2017, rapport Sawicki établi à la demande du MESR en mars 2017 ; pétition de mars 2008 signée par plus de deux cents enseignants-chercheurs en science politique, en appui à la lettre ouverte adressée à Frédérique Vidal ministre de l’Enseignement supérieur, la Recherche et l’Innovation ; et même appel de la CPU, en septembre 2019, à un « décontingentement de toutes les sections actuellement contingentées »[1].

Au moment où débute un nouveau concours externe de l’agrégation, l’AECSP ne peut que déplorer l’actuel statu quo à ce sujet. En effet, l’absence de mise en œuvre du décontingentement, après plusieurs années de réduction des postes ouverts à l’agrégation, produit des effets délétères sur la discipline : la quasi-stagnation du nombre de PU sur le temps long (123 en 2002, 128 seulement en 2018 !) dégrade non seulement leurs conditions d’exercice du métier, mais aussi celles des MCF qui assument des tâches de plus en plus lourdes. De plus, elle rend les carrières des MCF de moins en moins attractives (1 seul poste a été ouvert au 46.1 en 2020) et les dissuade souvent de poursuivre une HDR. Elle limite donc aussi de facto les possibilités de recrutement de docteur·es sans poste et entretient la précarité à l’Université. En outre, les multiples refus de la part du ministère d’ouvrir les postes au 46.1 demandés par les établissements (9 demandes en 2017, 18 en 2018, 8 en 2019 et au moins 6 en 2020), parfois plusieurs années de suite en vain, font craindre leur perte pour la science politique du fait d’arbitrages locaux potentiellement défavorables à notre discipline. D’autant que la science politique a connu une dégradation relative de ses recrutements par rapport à d’autres disciplines, notamment les disciplines juridiques et les sciences de gestion.

Dans un contexte où 5% en moyenne des PU de la section 04 partent chaque année à la retraite, l’absence de mise en place du décontingentement s’avère particulièrement préjudiciable : l’assèchement tendanciel du corps professoral laisse craindre la fermeture de certaines formations ou encore la réduction des capacités d’accueil de nouveaux doctorant·es dans de nombreux centres de recherche.

L’AECSP regrette cette situation qui ne rend pas justice à l’exceptionnel dynamisme ainsi qu’à la formidable attractivité de la discipline. En raison des énormes besoins à pourvoir, il est urgent de mettre en œuvre le décontingentement. Comme il n’est pas ici question de se priver d’une voie de recrutement, l’AECSP considère que le concours de l’agrégation peut être maintenu, pour peu néanmoins qu’il soit réformé afin de s’adapter à la configuration actuelle de la discipline. Et, surtout, pour peu que cela ne se fasse pas au détriment de la consolidation de la voie normale de promotion à l’université en France, et la plus prisée des établissements, à savoir la soutenance d’une HDR, la demande de qualification aux fonctions de PU auprès d’une instance nationale – le CNU – et le recrutement par un poste ouvert au 46.1.

L’AECSP en appelle donc à la mise en œuvre immédiate et inconditionnelle du décontingentement.

Motion adoptée par l’AECSP le 17 avril 2020.


[1] Toutes ces prises de position ont été réunies et sont désormais accessibles et téléchargeables sur notre site internet à l’adresse suivante : https://aecsp.org/decontingentement/

Crise sanitaire et campagne de recrutement des enseignant·es-chercheur·es (30 mars 2020)

En cette période de crise sanitaire mondiale, le bureau de l’AECSP tient d’abord à réaffirmer son attachement à la défense des services publics et à la protection des travailleurs et des travailleuses. Nous adressons un message de soutien et de remerciements tout particulier à l’ensemble des personnels soignants et à celles et ceux qui continuent à assurer les services indispensables, dans l’alimentation, la livraison, l’évacuation et le traitement des déchets, etc. Nous souhaitons également du courage à toute la communauté de l’éducation et de la recherche, ainsi qu’à l’ensemble de la population, afin de respecter au mieux les mesures de confinement et de distanciation sociale actuellement nécessaires en l’absence d’autres solutions disponibles à court terme.

Malgré cette pandémie, la campagne de recrutement des enseignant·es-chercheur·es continue actuellement de se dérouler. La baisse dramatique du nombre de postes de titulaires ouverts aux concours depuis 15 ans rend l’enjeu de ces recrutements d’autant plus important. Leur faible nombre, au regard des besoins des universités et du volume de candidates et de candidats, confère une encore plus grande responsabilité aux membres des comités de sélection. Dans ces conditions, le bureau de l’AECSP souhaite affirmer plusieurs principes essentiels au bon déroulement de cette campagne. Les circonstances exceptionnelles ne sauraient justifier que le processus de recrutement contrevienne au principe d’égalité entre les candidat·es, ou conduisent à renoncer à des conditions rigoureuses d’évaluation, de délibération et de vote entre les membres des comités de sélection. 

C’est pourquoi nous refusons la dématérialisation intégrale du processus de recrutement via des dispositifs de visioconférence, et nous demandons un report de plusieurs semaines du calendrier de la campagne, de manière à ce que les auditions puissent se tenir jusqu’à la mi-juillet sans remettre en cause l’affectation des recruté·es dans leur université pour la rentrée 2020.

Le bureau de l’AECSP s’oppose fermement au projet de décret du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche prévoyant la « possibilité d’utiliser la visioconférence pour l’étude des dossiers, les auditions et les délibérations ». Certes, la visioconférence peut déjà être utilisée ponctuellement pour régler certaines situations particulières d’un membre du jury ou d’un·e candidat·e, ce qui n’est pas sans susciter de nombreuses réserves. Il est cependant inconcevable selon nous que la totalité du processus de recrutement soit dématérialisé. Il ne saurait être question que la douzaine de membres d’un jury (en moyenne) se retrouvent contraints d’échanger par ordinateurs interposés. Nous refusons encore davantage que la totalité des candidates et des candidats soient auditionné·es à distance, derrière un écran, dans des conditions techniques, matérielles et sanitaires extrêmement variables et sujettes à caution. Ce dispositif inacceptable fait l’impasse sur l’importance de la procédure de recrutement de nos futurs collègues. Il créera d’innombrables inégalités et fera peser sur toutes et tous de nombreuses contraintes qui s’ajouteront à un contexte moral fortement dégradé par le nombre de malades et de décès.

Dès lors, la seule mesure qui nous semble devoir s’imposer est le report de la période de recrutement de plusieurs semaines. Pour l’heure, le ministère a annoncé un report du calendrier d’environ 15 jours, ce qui porte au 9 avril la date limite de dépôt des candidatures. Soit, d’après certaines prévisions, aux alentours du pic de la crise sanitaire. Cela obligerait les auditions à se tenir d’ici la mi-juin, et les jurys à se réunir avant la fin du mois de mai pour sélectionner les dossiers. Ceci parait très peu probable, compte tenu des déplacements qu’une telle opération implique, même en cas d’arrêt du confinement fin avril, ce qui est déjà une hypothèse optimiste. En dépit des inévitables incertitudes, permettre aux auditions de se tenir jusqu’à la mi-juillet laisserait une marge plus réaliste, sans remettre en cause la temporalité des affectations. Dans l’hypothèse où une telle solution serait retenue, nous nous joignons à la proposition de l’ANCMSP visant à regrouper l’ensemble des auditions autour d’un même lieu durant une même semaine, de manière à faciliter leur organisation et leur déroulement compte tenu de l’inévitable bouleversement du calendrier.

Le bureau de l’AECSP

contre la précarité universitaire : appel des titulaires aux titulaires (11 février 2020)

L’Association des Enseignant·es et Chercheur·es en Science Politique (AECSP) réunie le vendredi 7 février réaffirme fermement son opposition à la réforme des retraites et au projet de loi pluriannuelle de programmation de la recherche (LPPR). Cette nouvelle offensive néolibérale creusera davantage les inégalités et aggravera la précarité d’ores et déjà inacceptable dans de très nombreux secteurs professionnels.

Dans l’enseignement supérieur et la recherche, les précaires de toutes catégories (enseignant·es, chercheur·es, personnels techniques et administratifs) sont les premier·es touché·es par les réformes imposées depuis plus de dix ans, et subissent de plein fouet les effets de la déstructuration du statut de fonctionnaire. 

L’AECSP invite l’ensemble des collègues à se mobiliser en utilisant tous les moyens à leur disposition. En tant que titulaires, les garanties statutaires dont nous disposons nous confèrent une responsabilité particulière. Pourtant, dans la plupart des institutions d’enseignement supérieur et de recherche, ce sont des non-titulaires qui sont le fer-de-lance de la mobilisation. Il nous revient d’être à la hauteur des enjeux qu’ils et elles soulèvent, afin de leur garantir des conditions de travail décentes et pour en finir avec la précarité structurelle. 

Nous appelons donc nos collègues titulaires à :

– Faire grève à partir du 5 mars pour que l’Université et la recherche s’arrêtent, en accord avec la motion adoptée par la Coordination nationale des facs et labos en lutte : https://universiteouverte.org/2020/02/02/motion-coord-1-2-fevrier/

– Créer et/ou abonder des caisses de grève dédiées aux précaires de l’enseignement supérieur et de la recherche. 

– Exiger l’ouverture de postes de titulaires à la hauteur des besoins d’encadrement.

– Réduire drastiquement le recours aux vacations et refuser de recourir aux contrats LRU.

– Exiger la signature d’un contrat avant le début des cours et la mensualisation de la rémunération.

– Lutter contre le travail gratuit en s’assurant que l’ensemble des activités associées à l’enseignement sont rémunérées (surveillances, corrections, etc.).

– S’abstenir de confier des missions de recherche ou d’administration disproportionnées par rapport au montant et/ou la durée de rémunération, et s’opposer aux pratiques abusives en la matière.

– Donner les moyens aux étudiant·es de se mobiliser en pratiquant la grève des enseignements ou, à défaut, en ne comptabilisant pas les absences en cours.

– Veiller à ce que nos actions n’engendrent pas de surcharge d’activité pour les personnels techniques et administratifs, qu’ils ou elles soient ou non mobilisé·es.

– Protéger les doctorant·es et docteur·es mobilisé·es contre toute forme de pression hiérarchique, y compris en suspendant les comités de thèse pendant la durée du mouvement social pour les doctorant·es qui le demandent.

– S’engager à soutenir, accompagner et défendre celles et ceux qui sont victimes de harcèlement sexuel ou moral dans nos institutions, les périodes de mobilisation rendant particulièrement vulnérables à ce type d’infractions.

Le bureau de l’AECSP

Appel à la mobilisation contre la loi LPPR (10 janvier 2020)

L’Association des Enseignant·es et Chercheur·es en Science Politique (AECSP) se joint au mouvement d’opposition au projet de loi pluriannuel de programmation de la recherche (LPPR), lequel s’inscrit dans la convergence des luttes avec la mobilisation actuelle contre la réforme des retraites.

Nous ne pouvons en effet accorder crédit à des rapports1 proposant des solutions2 aux problèmes dénoncés qui vont en réalité aggraver ces problèmes, qui présentent des recettes d’économies budgétaires éculées3 comme des modalités supposément « modernes » d’organisation des universités. Si la loi est mise en œuvre, elles ne vont qu’accentuer la marchandisation et la dégradation de l’enseignement supérieur et de la recherche en France, et entériner le sacrifice d’un objectif national de formation et d’éducation pour toutes et tous4.

Les auteurs de ces rapports ignorent délibérément la dégradation déjà profonde subie par l’ESR depuis plus de 20 ans. La plupart des établissements universitaires d’enseignement supérieur et de recherche ne fonctionnent que grâce au travail fourni gratuitement, bien au-delà de leurs obligations de services, par nombre de nos collègues, enseignant·es-chercheur·es, personnels administratifs et techniques, ainsi que par l’exploitation des jeunes collègues non titulaires, très souvent employés par d’indécents « contrats » de vacations, et par la solidarité de nos collègues chercheur·es qui sont de plus en plus amenés à prendre en charge des cours.  Ajoutons que compte tenu de la morphologie du corps enseignant et des logiques qui président aux déroulements de carrière, ce sont les personnels féminins, précaires comme statutaires, qui feront le plus souvent les frais de ces réformes.

L’AECSP appelle donc à rejoindre activement la mobilisation, sous toutes formes jugées utiles dont voici quelques pistes :

– indiquer dans nos signatures de message notre mobilisation contre ce projet de réforme.

– informer les étudiant·e·s sur les conséquences de ces réformes dans nos cours ou en mettant en place des espaces de mobilisation.

– rejoindre tout collectif de mobilisation (syndicats, Sauvons l’Université, piquets de grève, etc.) et contribuer aux caisses de grève locales et/ou nationales.

– proposer à nos laboratoires, départements, UFR, universités d’adopter et diffuser des motions contre ces réformes5.

– inviter les revues pour lesquelles nous réalisons des évaluations à se positionner contre les projets (comme l’ont fait Politix, Genèses, Actes de la recherche en sciences sociales, Critique internationale, Sociétés Contemporaines, et bien d’autres).

– publier des analyses ou des tribunes, y compris dans la presse6, en tant qu’universitaires, chercheurs, intellectuels, afin de ne pas laisser la parole sur l’université et l’ESR à celles et ceux qui défendent des logiques marchandes et comptables.

– suspendre collectivement, selon les possibilités des équipes, les recrutements de vacataires, les activités d’administration de la recherche et de l’enseignement (évaluations, rétention de notes).

– examiner avec les collègues administratifs l’organisation d’une grève du zèle de longue durée.

– converger avec tous les mouvements sociaux en cours contre la politique néolibérale de casse des services publics et de dégradation à la fois des conditions de travail et des droits à la retraite.

Le bureau de l’AECSP

1 http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article8548, « Trois rapports en vue de l’élaboration du projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche (novembre 2019) » http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article8548 Julien Gossa,  « Rapports des groupes de travail LPPR : synthèse et analyse » http://blog.educpros.fr/julien-gossa/2019/09/25/lppr-rapports-des-groupes-de-travail/

2 “La dénomination « maître de conférences » n’est pas valorisante” : sur la Loi de programmation pluriannuelle de la recherche, de Christelle Rabier https://academia.hypotheses.org/6107

3 « À la découpe : sur l’adoption de la Loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR) de Christelle Rabier: https://academia.hypotheses.org/7164

4 Voir « Des réponses et de la suite dans les idées », François Massol, https://medium.com/@ransu.massol/des-r%C3%A9ponses-et-de-la-suite-dans-les-id%C3%A9es-18309569c9dc, et le dossier sur la LPPR de Sauvons l’Université : http://www.sauvonsluniversite.fr/spip.php?article8590

5 Voir le recensement réalisé par l’ANCSMP https://docs.google.com/document/d/1sJLH5cDxmpfqHTCLJ18OKCvwtZF8mkVatST5foEGjkY/edit

6 « Le CNRS, Darwin et la grande chaîne de l’évolution chercheuse: quatre tribunes et une conclusion » https://academia.hypotheses.org/5859#Mossard

Communiqué inter-associatif contre la répression violente des mobilisations étudiantes (27 mars 2018)

Dans la continuité du communiqué de l’ASES du 9 mars concernant l’intervention policière à l’université de Bordeaux, l’ASES, l’AFSP, l’AECSP, l’ANCMSP, l’AECSE et l’AFS s’indignent de la banalisation du recours aux forces de l’ordre comme seule réponse à la contestation des réformes de l’enseignement supérieur. Réformes dont la mise en place de la plateforme « parcoursup » constitue le plus récent avatar, alors que vient de s’engager la « concertation sociale relative à la nouvelle licence universitaire » lancée par Frédérique Vidal.

Concernant les violences graves à l’encontre des étudiant·es mobilisé·es le 23 mars à l’Université de Montpellier qui ont entraîné la démission du doyen de la faculté de droit et de science politique, l’ASES, l’AFSP, l’AECSP, l’ANCMSP, l’AECSE et l’AFS seront attentives aux conclusions de l’enquête pour laquelle l’Inspection générale de l’administration de l’Education nationale et de la Recherche (IGAENR) a été diligentée. Si les faits révélés par voie de presse étaient confirmés officiellement, l’ASES, l’AFSP, l’AECSP, l’ANCMSP, l’AECSE et l’AFS attendent des sanctions à la hauteur de leur gravité.

La science politique au lycée ne peut être qu’en Sciences économiques et sociales (16 mars 2018)

L’Association des Enseignant·es Chercheur·es en Science Politique (AECSP) ainsi que l’Association des Candidat·es aux Métiers de la Science Politique (ANCMSP) ont pris connaissance du projet de réforme des enseignements et des examens au lycée. Elles s’associent d’abord à nombre d’associations d’enseignants du secondaire pour mettre en garde le gouvernement contre les risques de grandes inégalités entre élèves qui seront bientôt confrontés à un système à la carte dont on sait qu’il demandera un haut niveau de maitrise sociale.

L’AECSP et l’ANCMSP prennent acte de la volonté du gouvernement de développer en Première et en Terminale deux matières de spécialité que sont la « science politique » et la « géopolitique ». La dénomination de ces matières place ces deux enseignements au cœur de la science politique française telle que cette dernière s’est développée à l’Université et dans les laboratoires du CNRS. Si cette nouveauté présente de réelles opportunités pour le développement de la science politique, il n’en reste pas moins que des déceptions et des interrogations subsistent.

D’abord, une concertation auprès des associations et des instances de la science politique aurait permis de réfléchir à la pertinence du terme de « géopolitique ». Le passé sémantique de ce mot comme la place mineure qu’il occupe au sein de l’enseignement supérieur porteraient à lui préférer celui de « relations internationales ».

Ensuite, la nature disciplinaire de ces cours manque de précision. L’AECSP et l’ANCMSP entendent affirmer avec force que la science politique ne saurait être autre chose que la mobilisation des sciences sociales pour étudier les faits politiques. Par conséquent, c’est aux professeurs de sciences économiques et sociales (SES) et à eux seuls que doit revenir la mise en œuvre de la science politique au lycée.

Parce que les SES ont intégré depuis longtemps l’analyse du politique en leur sein et que, surtout, elles reposent sur les mêmes fondements épistémologiques que la science politique en tant que discipline scientifique, l’AECSP et l’ANCMSP demandent donc solennellement au ministère de l’Education nationale de garantir aux professeurs de sciences économiques et sociales l’attribution exclusive des cours de science politique au lycée.

Communiqué de l’AECSP relatif à la loi ORE (20 février 2018)

Le bureau de l’AECSP exprime sa vive inquiétude vis-à-vis de la loi ORE définitivement votée le 15 février 2018. Il rappelle son attachement à une Université ouverte, gratuite et publique.

Alors que la loi vient tout juste d’être votée, les premiers développements de la plate-forme Parcoursup donnent à voir la mise en œuvre d’un système inique qui, sous prétexte d’une réforme de « l’orientation », introduit le principe d’une sélection à l’entrée en licence. La rédaction d’ »attendus » présentée par le gouvernement comme un dispositif d’aide à l’orientation des lycéen·nes s’accompagne de la mise en œuvre systématique de capacités d’accueil et de l’imposition de critères allant dans le sens d’un système de tri social généralisé.

D’une part, elle oblige (quand bien même les capacités d’accueil seraient suffisamment larges) à la mise en œuvre d’un classement des lycéen·nes candidat·es. D’autre part, sans moyens supplémentaires pour les licences, elle amènera nécessairement à une sélection toujours plus draconienne face à la croissance à venir des effectifs liée au boom démographique des années 2000.

L’inversion du principe est totale. Si les lycéen·nes, le bac en poche, sélectionnaient tant que faire se peut la licence de leur choix, ce sont désormais les personnels de l’enseignement supérieur qui les sélectionneront. Le baccalauréat ne sera dès lors qu’une pièce parmi d’autres au dossier.

De plus, le rapport Mathiot et le projet présenté par J.-M. Blanquer vont venir renforcer cette sélection sociale en promouvant l’individualisation des parcours dès l’année de seconde.

La science politique, à cheval entre grandes écoles et universités, est bien placée pour connaître les effets sociaux de la sélection. Le bureau de l’AECSP s’inquiète d’autant plus des risques accrus en la matière que la capacité d’accueil de la discipline à l’échelle nationale est particulièrement restreinte eu égard au nombre de vœux formulés les années précédentes sur APB. Dans ce contexte d’augmentation de la demande scolaire, cette situation renforcera la sélectivité des licences de science politique tout en causant un surcroît de travail administratif pour les enseignant·es-chercheur·es dans des départements où le taux d’encadrement est particulièrement bas (cf. enquête précarité, ANCMSP, AFSP, CNU 04).

La charge de travail que représente le classement des dossiers auquel s’adjoint la promesse gouvernementale d’une « année de remise à niveau », l’augmentation des effectifs, le tout sans moyens supplémentaires, risque d’ailleurs d’être très largement portée par les travailleur·ses les plus précarisé·es d’entre nous faute de postes supplémentaires.

Le bureau de l’AECSP s’alarme donc sur le fait que le gouvernement, plutôt qu’une véritable politique d’emploi et de moyens, seule à même d’accueillir dans des conditions dignes l’ensemble des bachelier·ères, ne choisisse la voix d’un alignement du système universitaire sur celui des grandes écoles.

Par ailleurs, si ce projet de réforme avalise les inégalités sociales d’accès à l’enseignement supérieur, il ouvre également la voie à des formes d’inégalités territoriales. En science politique, l’implantation géographique des licences particulièrement déséquilibrée en termes de capacité d’accueil, couplée à la mise en œuvre d’un critère de préférence académique, risque fort de créer des « déserts universitaires ».

Le bureau de l’AECSP souhaite appuyer les mobilisations en cours réclamant le retrait de la loi ORE. Il appelle tout particulièrement les enseignant·es-chercheur·es titulaires à se mobiliser par tous les moyens. Il soutient tout appel à la grève et enjoint les membres mobilisé·es de notre communauté à réfléchir aux moyens de rendre inopérant Parcoursup.

Le bureau de l’AECSP